Allocution du président Shimon Perès, prononcée lors de la cérémonie officielle de départ du Saint Père
Votre Sainteté,
Monsieur le Premier ministre,
Nous sommes venus aujourd’hui vous faire nos adieux et vous dire Shalom.
Nous avons été enchantés par votre décision de vous rendre en Terre sainte. Cette visite fournissait un exemple authentique de la mise en oeuvre de valeurs spirituelles. Apportant une contribution significative aux nouvelles relations prévalant entre le Vatican et Jérusalem, elle a constitué une démonstration profonde du dialogue instauré entre le peuple juif et les centaines de millions de fidèles chrétiens de par le monde.
Durant votre visite ici, vos déclarations étaient porteuses d’un grand poids, en particulier celle affirmant que la Shoah ne devait être ni oubliée ni niée ; ou que l’antisémitisme et la discrimination, sous n’importe quelle forme et en n’importe quel lieu, devaient être énergiquement combattus. Ces déclarations ont touché nos cœurs et nos esprits.
Votre Sainteté,
Nous sommes convaincus qu’outre votre pèlerinage, vos prières et le silence ont sacralisé des moments qui furent les points forts de votre visite. Vous avez, à titre personnel, enrichi votre visite d’une dimension spirituelle supplémentaire en exaltant la paix, en faisant naître espoir et compréhension.
J’espère que votre visite vous a permis, à vous et à votre délégation, de découvrir les traits de notre terre, sa beauté, sa vitalité, ses fils et ses filles, l’énergie infinie de son peuple.
Et par-dessus tout, qu’elle vous a permis de faire l’expérience d’une sincère aspiration à la paix, partagée par tous les Israéliens : la paix avec nos voisins, la paix avec les ennemis lointains. La paix pour tous.
La foi monothéiste a fracassé de nombreuses idoles et fait voler en éclats de nombreux rituels. Elle a mis sa confiance en un Dieu Tout-Puissant, qui nous a transmis un message d’égalité, selon lequel toute créature humaine homme a été créée à Son image.
Les croyances monothéistes incluent plusieurs religions, opérant pour la plupart une distinction entre l’Eglise et l’Etat. Hélas, aujourd’hui, un ignoble fanatisme est apparu, essayant d’imposer une autre interprétation de la volonté de Dieu. Nous croyons que Dieu aspire à la vie et au respect de la vie ; selon l’image divine déformée par les fanatiques, Dieu permettrait, voire encouragerait, le meurtre, la terreur et la violence.
La communauté éclairée cherche à instaurer un dialogue interconfessionnel, un entendement entre les religions et les Etats, garantissant que tous les hommes puissent servir un Dieu de paix et de fraternité, célébrer leur culte dans la liberté et la sécurité, remercier le divin Créateur d’avoir enrichi leurs cœurs de bonté, de compassion, d’espoirs et de rêves.
C’est ce Dieu qui protège Jérusalem. C’est la foi qui doit être insufflée au cœur de tous les croyants.
Les dirigeants politiques et spirituels d’aujourd’hui affrontent un défi gravissime : comment séparer religion et terreur ; comment empêcher les terroristes de s’approprier la conscience religieuse en déguisant un acte terroriste sous la fausse apparence d’une mission religieuse.
Votre Sainteté, je suis convaincu que votre immense leadership spirituel peut insuffler en l’homme un esprit de piété, lui permettant de reconnaître que Dieu n’est pas dans les cœurs des terroristes.
C’est là une mission historique qui réside dans votre grande aptitude à inspirer autrui. Nous apprécions profondément votre visite, connaissant et estimant vos efforts pour édifier des ponts de respect mutuel entre les peuples et les nations.
Le monde et le peuple juif ont suivi avec intérêt et respect vos pas sur notre terre. Votre description de ce voyage comme pèlerinage de paix était très émouvante. Nous sommes persuadés que, de retour au Vatican, vous poursuivrez votre mission de paix et de réconciliation.
Votre quête de paix et de sécurité entre nous et nos voisins, et tout autour du monde, répond à un besoin crucial, promettant une vie sans craintes, une vie sans larmes.
Votre Sainteté le pape Benoît XVI, les mots ne peuvent exprimer vraiment ce que nous ressentons. Tout ce que nous pouvons dire est un simple ‘merci’. Venu en paix, vous partez en paix, et nous vous disons ‘Shalom’ : ‘paix’.
Selon les paroles du prophète Isaïe : « Oui, vous partirez dans la joie, reconduits par un cortège pacifique » (Isaïe, 55, 12).
Bon voyage !
Shalom !